Je suis allé à un mariage beauf.

Publié le par Bruno Brusson

A l’heure où le mariage s’apprête à s’ouvrir à tous, Aux hétéros, aux homos, aux transsexuelles et sans doute bientôt aux animaux, aux drosophiles et aux cloportes, j’ai eu l’incroyable chance le week-end dernier d’être invité à l’union de Jacky et Solange (Les prénoms ont été changé par soucis de confidentialité mais on en est pas loin).

Rien qu’à entendre les prénoms, Vous vous doutez bien qu’on n’a pas eu le droit à du Beethoven à la mairie, faudrait-il encore qu’ils sachent qui est ce formidable compositeur. En attendant, c’est le nom de leur dernier petit chien.

Tout a commencé le jour où j’ai reçu dans ma boite aux lettres ce magnifique faire-part rose bonbons découpé aux ciseaux cranteurs illustrant les futurs amants en tenues Disco, me joignant à ce mariage « à thème » vous l’aurez compris.

Le problème était là, je ne pouvais pas refuser, Jacky est un ami de longue date, toujours prêt à filer un coup de main (Couper du bois, faire des gros tas de bûches pour l’hiver) et Solange est trop attentionnée pour que je décline l’invitation. (Je me rappelle encore du dernier cadeau qu’elle m’a offert : Un écusson à ventouse destiné à ma 205 avec écrit : « D’habitude je roule en BMW, mais là elle est au garage ».)

Le cadre était posé, j’avais un mois pour mettre mon estime de côté, un mois pour trouver une tenue ridicule, un mois pour accepter d’être un des leurs ne serait-ce que quelques heures.

Je me suis dit dans un premier temps que je n’étais pas préparé à tout ça, que même fortement alcoolisé, je n’aurais pas le mental requis pour tenir toute la Night de Folie. Qu’il serait difficile de danser la Macarena en leggins à paillettes sans préparation.

J’ai donc entamé une véritable cure, qui ferait office d’anesthésiant le Jour J. Une dose de Reichmann le midi, une dose de Dechavanne le soir, complétée par quelques tubes de Mylène Farmer et un abonnement à Tuning Mag.

Rien ne sert de décrire ces longues journées de souffrances et de remises en cause, je vous propose de revivre avec moi minutes par minutes ces moments intenses.

Je suis allé à un mariage beauf.

16 heures : J’arrive à la mairie de Narbonne-Plage, lieu des formalités administratives (Aucunement symbolique ce mariage). Pas de surprises, du beauf tout autour de moi, gourmettes aux poignets, Croix plaquées or au cou.

16 heures 25 : Jacky et Solange arrivent dans une magnifique Xantia orange tunée (Pot carbone, jantes alu’ 17 Pouces) par Kévin, le pote garagiste de Pézenas. Une belle robe pour la mariée, et un magnifique assortiment Jean/costume/Nike pour l’époux.

17 heures : La cérémonie est terminée. Nous nous postons à l’extérieur de part et d’autres de la salle. Francine, la mère de Solange nous distribue à chacun des paquets de confettis achetés moitié prix chez GIFI. Nous n’avons plus qu’à attendre la sortie des mariés signant deux trois paperasses à l’intérieur. Une banda de Lézignan reprenant les grands classiques rugbystiques est venue pour l’occasion.

17 heures 03 : Les mariés sortent. Franck le frère de Jacky lance le paquet d’un trait sans même avoir enlevé l’emballage. Cela fait rire Caroline, la copine de Solange venue faire un film pour l’occasion. Nous apprendrons plus tard que la caméra succomba au jeu du « Lancer de claquettes».

17 heures 30 : Nous rejoignons la salle de réception du Camping des Roses ** en voiture. Klaxons, chants paillards au mégaphone sont de la partie. Je décide de rester dans ma 205 afin de faire une petite sieste.

Je me réveille de longues minutes après. La suite des évènements ne me permet pas de vous les décrire dans le détail.

Tout juste sorti de ma voiture, je comprends très rapidement que je me trouve à quelques pas du temple de la beaufitude. Je décide donc d’y aller malgré ce fond sonore qui m’est déjà désagréable et qui me laisse imaginer le pire. (Tu peux écouter pour mieux te sentir concerné par la suite).

La porte à peine ouverte, le spectacle est effroyable. Les mariés dansent sur les tables, Franck semble avoir bien entamé son capital résistance à l’alcool, et son strip-tease par la même occasion. J’ose demander à Solange l’heure du repas, elle me rétorque simplement que le buffet et d’ores et déjà terminé mais qu’il reste un peu de salade de pâtes en cuisine. Après tout c’est la crise pour tout le monde.

Je décide de ne pas rester dans mon coin et de me servir une coupe de champagne. (Qui sera finalement un gobelet de Clairette). Après quelques verres, je me rappelle que je dois conduire pour rentrer, je pars donc en quête d’une boisson sans alcool.

Cette ultime recherche me montre que les hôtes n’ont même plus d’eau pour diluer le « Pastis prix malin » et que cette soirée se terminera avec les purs, les vrais. Ceux qui chanteront à 5 heures du matin « le doigt dans le cul » de Laurent Gerra, ceux qui imiteront Johnny, cigare à la main, déclenchant au passage l’alarme incendie du camping.

C’est donc sur ces airs de Chenilles que je prends l’initiative de quitter mes amis d’un soir, remerciant brièvement Jacky, trop occupé à suivre les résultats de la ligue 1 sur son Smartphone.

Mes chers amis politiciens, vivez ne serait-ce qu’une fois cette situation, voyez ce qu’est le mariage type d’un Français Bigdilisé, et osez l’étendre à tous après ça. Vous verrez, vous reculerez pour peut-être même l’interdire !

BRUNO BRUSSON

Publié dans Société

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