« Shangri La » de Jake Bugg : l’histoire de Buggman et Rubin.

Publié le par Eclisse

Peu de temps après la sortie de son premier album éponyme (que je vous conseille fortement au passage), le jeune anglais revient avec un second album "Shangri La" produit par le grand manitou des manettes, le sorcier de la production éclectique, le géant américain Rick Rubin.

Pour ceux qui ont à peine l'âge de Jake Bugg (20 ans), il est bon de rappeler que Rubin a vu défiler dans son studio des monstres comme les Beastie Boys, Run DMC (on lui doit d'ailleurs la fusion Rap/Rock avec le morceau culte "Rock this way"), Johnny Cash, Eminem, Black Sabbath, System of a Down, Adele, RHCP... (Cherchez l'erreur!) Une liste qui peut vite intimider un Bugg, très réservé, originaire d'un faubourg de Nottingham; Sans parler du physique impressionnant que déploie le sorcier barbu Rubin, la cinquantaine, qui en impose avec son 1,82m et ses « baggy » de skateur.

Quelle rencontre improbable entre ces 2 personnages!!! Imaginez le jeune anglais avec sa frimousse d'ange androgyne tout droit sortie d'un documentaire des sixties (vous savez, celui sur les musiciens anglais enflammant le cœur des filles, guitare à la main et clope au bec) frappant à la porte de l'Hagrid de la production musicale américaine. Un moment à la fois flippant, cocasse et peut-être anthologique (l'avenir nous le dira). Ces moments forts et trop discrets qui font aussi partie de l'histoire de la “musique pas comme les autres”.

Mais revenons un instant sur notre anglais fébrile devant cette porte rouge du “Shangri La” (également le nom du studio de Rubin). Plusieurs scénarios sont envisageables à ce tête à tête : On peut penser que, finalement, le grand Rubin ouvre la porte de son studio en dévisageant le jeune éphèbe impressionné et lui lance comme un défi : "Alors on est prêt à rentrer dans le Panthéon du rock'n'roll petit?" Ou alors, qu’il découvre un Bugg se décomposant sur place devant lui, puis l'invite à rentrer dans son temple et, tel un grand-père spirituel lui offre un remontant (c’est-à-dire un verre d'eau pour Jake Bugg, pas en âge de consommer de l'alcool) et commence à lui raconter toutes les anecdotes précieuses des séances d'enregistrement avec l'Homme en noir (Jake Bugg admire Johnny Cash).  

« Shangri La » de Jake Bugg : l’histoire de Buggman et Rubin.

Oubliez tout ça! Le jeune anglais est  rusé! Pour éviter le “bugg”,  avant son départ pour les Etats Unis, il ne lit rien sur Rubin. Pour lui c'est juste "the man with a beard"!!, si bien qu’il contourne toute la pression qui aurait pu le mettre en péril pour l'album et il arrive en terrain presque neutre chez Rubin avec juste ses talents de songwriter, de chanteur et de guitariste. C'est à peine s'il comprend qui est Chad Smith, (le batteur des Red Hot) qui vient l'accompagner durant quelques enregistrements. Malin Buggman!!

Dès les premières notes, le décor est posé; Nous sommes en 1970, à bord de Pocahontas (un autocar Eagle avec des ailes en bois que Neil Young utilisait pour ses tournées et pour promener ses amis) et Jake Bugg nous invite à marcher sur les traces des vieux folk-singers américains.

Les 3 premiers morceaux plein de sève dont l'hymne "What doesn't kill U" nous donne tout simplement envie de nous lever le matin et d'affronter la vie. Avec sa voix nasillarde à la Dylan, reconnaissable entre toutes, il compose des mélodies efficaces qui restent facilement dans le crane. Neil Young, Simon and Garfunkel, Johnny Cash, Canneat Heat... autant de références présentes tout au long de cet album de caractère et de maturité. Même si quelques titres s'étirent un peu trop et se perdent avec des solos de guitare soporifiques (vous savez ces “trucs” qui ne servent à rien) comme sur "All your reasons" qui commence comme un morceau de Ben harper. Cela n'enlève en rien à la qualité de cet album. Bugg jongle entre guitare électrique, et guitare folk de manière déconcertante, découvrant l'accompagnement qui peut faire de ses titres des machines de guerre. Sur des morceaux plus simples et plus épurés, il réussit à nous donner la “goosebumps” comme sur le titre “Simple Pleasures”.

Malgré son jeune âge, il réussit à avoir un regard critique sur la société de consommation et une réflexion fructueuse sur les amours déchus. Ahhh! Mélancolie quand tu nous tiens! Dans les années à venir, il faudra compter sur cet anglais sans doute programmé dès cet été dans vos festivals favoris.

« Shangri La » de Jake Bugg : l’histoire de Buggman et Rubin.

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